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Contrechamps - Tracteurs, batteuses et vieilles ferrailles PDF

Est-ce la sueur ou leau sur son large front ? Ou le matin humide sur sa condition ? Ou une peur limpide de nêtre que plus rien ? Ses grands yeux de phares éteints ont lair dêtre bavards dun silence singulier. Et sa peau de tôle, soudain marécageuse, ondule de questions sans réponse lumineuse. Cest étonnant de lire linquiétude sur une carcasse de fer. Une ride cabossée au-dessus du regard défend le relief dun sourire quon devine. Je ne sais pas parler la machine, encore moins le langage indistinct de la mécanique. Mais il y a, dun seul coup, dans ce visage métallique, lexpression dune noyade annoncée. Le bord de la skyzophrénie vient peut-être de matteindre mais comment expliquer, si ce nest pas par une raison médicale, la franche certitude que ces deux yeux me parlent ? La sueur sent la peur mais la pluie sent la douceur, sans doute que le ciel opaque qui a déteint sur lacier y est pour beaucoup. Le voilà peut-être parvenu au bout dune longue course intérieure, peut-être a-t-il franchi une ligne darrivée ou peut-être encore est-il soumis aux règles météorologiques auxquelles il ne peut lui-même se soumettre ? Je mavance en cherchant un signe qui serait un signe de vie mais très vite, je me rétracte, et ma conscience atteinte par son jeu de rôle, me dicte une conduite à tenir : justement, me tenir éloigné. Toutefois, je me sens étranger aux aléas extérieurs. Bizarrement, il ne pleut pas sur moi donc il ne pleut pas non plus sur lui. Or, doù viennent ces perles humides qui ornent son front froid ? Toute absence de chaleur nest pas dûment la mort mais labsence de vie non plus nest pas la mort. Elle est le récit de lobjet et cet objet-ci est, je le sais, je lai vu, le fruit dune passion étonnante. La passion peut-elle donner la vie aux choses ou du moins, donner lillusion dune vie aux choses ? A tel point que ce front bas que des nuages peuvent atteindre, respire leau salée dune transpiration ou leau douce dune pluie fine ? Je suis à deux doigts de lui parler mais quelque chose me retient, de lordre du factuel, de lordinaire, de la logique. On me dit quil a un nom Vierzon , il sappelle Vierzon , comme la ville, précédé de un , car on dit un Vierzon comme on parle dune chose . Cette ville-là me parle, disons mieux, elle se chante. Et que fait-il, ici, au milieu dailleurs, ce Vierzon étonnant avec sur le front, le sigle de son appartenance ? Il sue dune pluie anonyme, il transpire dun patronyme, il attend, dans une parfaite immobilité, son instant dintérêt. Que cherche-t-il à dire qui ne soit illisible sauf sur son front dacier où perlent des gouttes deau. Sauf dans ces ronds de phares qui nallument rien dautres quun étrange questionnement : qui est-il pour nous interpeller de la sorte ? Et si je le tutoyais, en chuchotant, si je me penchais doucement pour lui parler, me répondrait-il avec autant de gestes que jaurais de mots ? Je vais aller plus loin, voir dautres bavardages. Mais voilà que je sens la pluie doucement ruisseler sur mon visage. Il pleut. Une certaine façon découter les machines silencieuses.

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TAILLE DU FICHIER 2.61 MB
ISBN 9782845039476
AUTEUR Rémy Beurion
FICHIER Contrechamps - Tracteurs, batteuses et vieilles ferrailles.pdf
DATE 01/02/2020

6 occasions dès 9€53. Tracteurs, batteuses & vieilles ferrailles - contrechamps · Rémy Beurion (Auteur), Yolaine Vallet (Illustration), Michel Janvier (Illustration), ...